VIRUS


VIRUS
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Le terme « virus » signifie poison en latin; la notion est donc ancienne. Mais elle est restée sans contenu précis jusqu’à Pasteur. C’est avec la découverte d’agents à l’origine des infections, et l’observation au microscope des bactéries et des protozoaires, que l’on a pu envisager par extension des agents aux maladies virales, définies alors comme infections non bactériennes et non parasitaires. Ainsi, Pasteur parlait à juste titre du virus de la rage, par exemple, mais ne désignait encore par là que le seul fait observable à l’époque: les effets pathologiques sur les organismes d’agents encore invisibles.

C’est grâce à la microscopie électronique, conçue en 1938 et développée après la guerre, que l’observation des agents viraux est devenue possible (techniques d’ombrage: Williams et Wyckoff, 1945; contraste négatif: Brenner et Horne, 1959). Leur étude directe ayant ainsi pu débuter dans les années 1950, le terme « virions » a alors été introduit par André Lwoff pour désigner les particules virales et les distinguer de leurs effets pathologiques. Simultanément, les techniques d’implantation virale sur cultures cellulaires ont été améliorées, ce qui a notamment permis le développement de vaccins antiviraux.

À partir des années 1970, l’étude des virus a largement bénéficié de l’essor de la biologie moléculaire, développée notamment dans le cadre de programmes gouvernementaux américains contre le cancer qui, s’ils ont échoué sur l’objectif thérapeutique, ont permis des découvertes importantes en virologie fondamentale, par exemple celle des oncogènes viraux, en même temps qu’ils ont défini la forme institutionnelle imposante qui est devenue la norme pour la recherche en biologie. Enfin, depuis le début des années 1980, marquées par l’apparition du sida (syndrome d’immunodéficience acquise) et la découverte de son agent, le VIH (virus de l’immunodéficience humaine; J. C. Chermann, F. Barré-Sinoussi, F. Rey, L. Montagnier, 1983 et 1984), la virologie a commencé l’analyse moléculaire systématique du cycle viral et, par ailleurs, considérablement développé ses outils de détection des virus et d’analyse épidémiologique.

Notion de virus

Les virus sont les agents d’un grand nombre de maladies, des plus bénignes aux plus graves, affectant tous les êtres vivants multicellulaires, qu’il s’agisse de l’homme (virus de la grippe, des hépatites, de la poliomyélite, de la rage, de la fièvre jaune, etc.), des animaux vertébrés (virus de la peste bovine, porcine, aviaire, de la fièvre aphteuse, etc.) ou des animaux invertébrés (virus de la grasserie du ver à soie, virus sigma de la drosophile, etc.), ou encore des végétaux (virus de la mosaïque du tabac, etc.). Les êtres unicellulaires sont également infectés par des virus, appelés phages chez les bactéries (bactériophages lambda, virus kappa des paramécies).

Au total, plusieurs milliers de virus sont recensés. Chacun est spécifique d’une espèce vivante, dite espèce hôte, ou de quelques espèces phylogénétiquement très proches. Mais tous les virus ont en commun de dépendre entièrement de l’espèce qu’ils infectent pour l’accomplissement de leur propre cycle de vie. En dehors de l’hôte, un virus est une particule inerte, le virion , qui ne possède ni métabolisme propre, ni capacité de réplication, ni par conséquent de possibilité d’évolution autonome.

Dès 1953, André Lwoff proposait une définition des virus en quatre points:

– Un virion ne renferme ni cytoplasme ni noyau, mais associe un acide nucléique et des protéines en une structure définie et constante, qui possède des éléments de symétrie.

– Un virion ne renferme qu’un type d’acide nucléique, ADN ou ARN, jamais les deux.

– Il est incapable de croître ou de se diviser. Il se reproduit uniquement à partir de son matériel génétique (l’acide nucléique).

– Un virus est un parasite absolu de la cellule, puisqu’il possède l’information nécessaire à la synthèse de ses propres constituants, mais n’a pas les moyens d’exprimer cette information (système de transcription de l’ADN en ARN messager et de traduction des messagers en protéines).

Ces quatre points sont suffisamment essentiels pour n’avoir été démentis par aucun virus découvert depuis lors.

En revanche, il faut noter qu’au regard de cette définition des agents infectieux longtemps supposés viraux doivent être exclus de cette catégorie: les viroïdes et les prions. Les viroïdes sont de simples boucles d’ARN d’environ 300 nucléotides, qui infectent certains végétaux (pomme de terre, tomate, cocotier, etc.), ne codent aucune protéine, et dont la pathogénicité serait liée à des interactions avec les mécanismes cellulaires de la synthèse protéique (maturation des ARNm). Quant aux prions, il s’agit de protéines inconstamment associées à un acide nucléique, capables de provoquer, après une longue période d’incubation, des maladies neurodégénératives chez les mammifères (tremblante du mouton, maladie des vaches folles, maladie de Creutzfeldt-Jacob chez l’homme). La protéine prion, codée par les génomes des mammifères, appartiendrait à une famille de protéines dites « chaperonnes », imposant une conformation tridimensionnelle à d’autres protéines. La forme mutée, transmissible, serait pathogène du fait d’un défaut de conformation qu’elle imposerait à certaines protéines du système nerveux, parmi lesquelles la forme non mutée de la protéine prion elle-même. D’une manière générale, l’appellation de ces infravirus, agents transmissibles non conventionnels, dit assez la faiblesse des connaissances à leur sujet. Les normes de décontamination des instruments de chirurgie cérébrale n’en n’ont pas moins été renforcées face au risque de transmission interhumaine de prions.

Structure

Les virions sont de petites particules, de taille très inférieure à la taille des cellules. Le virus de la vaccine, par exemple, mesure environ 300 nanomètres, soit la limite de résolution de la microscopie optique; le virus de la fièvre aphteuse mesure de 15 à 20 nanomètres et n’est visible qu’en microscopie électronique (les tailles des cellules procaryotes et eucaryotes sont respectivement de l’ordre de 2 猪m et 20 猪m).

Certains virus affectent une forme simple, pseudosphérique, d’autres présentent des architectures plus rigoureuses, qui comportent des symétries hélicoïdales ou cubiques. Dans ce dernier cas, les virions affectent une morphologie icosaédrique (polyèdre régulier à vingt faces) et sont constitués par la répétition de sous-unités identiques, comparable à la répétition de la maille élémentaire dans un cristal, et dotée d’une résistance mécanique élevée.

Chez certains phages, la structure principale icosaédrique porte un appendice formant une queue de symétrie hélicoïdale, qui permet l’injection du génome viral dans la bactérie réceptrice.

Schématiquement, un virus est un court acide nucléique portant une information génétique qui est exprimée et répliquée exclusivement à l’intérieur d’une cellule, et qui se déplace d’une cellule infectée à une autre à l’intérieur d’une coque protectrice (cf. figure).

La coque virale, ou capside, est une structure protéique résistante que l’on retrouve dans tous les virus. L’ensemble formé par la capside et l’acide nucléique (parfois désigné par le terme anglais core ) est, chez certains virus, entouré d’une enveloppe constituée de phospholipides arrachés à la membrane cellulaire lors du précédent cycle viral. Que la structure la plus périphérique soit la capside ou une enveloppe, des protéines sont exposées à l’extérieur et déterminent la spécificité antigénique virale ainsi que la capacité du virus à identifier ses cellules hôtes.

L’information génétique virale est portée par l’acide nucléique enfermé dans la capside. Il s’agit d’ADN (virus de l’hépatite B ou VHB, herpès virus, etc.) ou d’ARN (virus de l’hépatite A ou VHA, rétrovirus, etc.); on ne rencontre jamais simultanément les deux types d’acides nucléiques. La molécule peut être un simple brin directement codant (simple brin positif), un simple brin complémentaire du brin codant (simple brin négatif) ou un double brin. Dans les rétrovirus, on trouve deux molécules d’ARN simple brin identiques, c’est-à-dire deux exemplaires du génome (ce génome diploïde n’est peut-être pas étranger aux capacités évolutives des rétrovirus, un exemplaire du génome pouvant muter quand l’autre exemplaire reste stable pour maintenir en toute hypothèse la pérennité du virus).

La masse des génomes viraux à ARN est comprise entre 1,2 et 10,4 millions de daltons, alors qu’elle va de 1,5 à 490 millions pour les virus à ADN. Le génome du VHB, le plus petit virus à ADN qui soit connu chez l’animal, comporte ainsi 5 kilobases, contre 100 kilobases pour les virus du groupe herpès.

Aux extrémités des génomes viraux figurent des séquences particulières. Pour les rétrovirus, il s’agit de séquences dites LTR (long terminal repeat ), qui ne font pas partie du génome viral présent dans le virion, mais qui sont ajoutées précocement lors du cycle infectieux, pour permettre l’intégration de ce génome à l’intérieur de l’ADN de la cellule infectée. Pour les autres virus, il s’agit de séquences cohésives qui permettent la circularisation du génome viral à l’intérieur de la cellule infectée, sous une forme stable dite épisome.

Entre ces séquences distales se trouvent les gènes viraux accolés à des séquences promotrices qui en régulent l’expression. Certains gènes sont systématiquement présents. C’est notamment le cas des gènes gag, pol et env dans les rétrovirus, qui codent respectivement les protéines de la capside, la transcriptase inverse et la glycoprotéine d’enveloppe, constitutives du virion.

D’une manière générale, on peut distinguer plusieurs catégories de protéines codées par les gènes viraux:

– Les protéines de structure virale; protéines de grande taille qui constituent la capside et qui émergent, le cas échéant, à travers l’enveloppe.

– Les protéines de régulation ; protéines de petite taille qui se fixent sur les promoteurs des gènes de structure pour en activer ou en réprimer l’expression. Ces protéines ont un rôle clé dans le cycle viral en ce qu’elles commandent la synthèse de capsides virales en quantité suffisante pour la réplication ou, à l’inverse, l’entrée en latence de l’infection. Comme ces protéines de régulation virale sont par ailleurs très semblables à leurs homologues cellulaires, elles sont susceptibles d’activer, outre les gènes viraux, certains gènes de la cellule hôte. Ce schéma d’activation croisée est en cause dans les phénomènes de tumorisation provoqués par certains virus (virus tumorigènes trans-activateurs).

– Des enzymes spécifiques qui sont nécessaires aux transformations de l’acide nucléique viral dans la cellule hôte (ADN polymérase du VHB, transcriptase inverse du VIH). Le codage de telles enzymes n’est pas systématique, le métabolisme cellulaire suffisant à assurer le cycle de la plupart des virus. Lorsque des enzymes spécifiquement virales sont synthétisées, elles sont emportées dans la capside avec l’acide nucléique, de manière à exercer leur activité dès les premiers stades de l’infection suivante.

– Des protéines dotées d’activités antigéniques ou métaboliques particulières, qui font la spécificité de l’infection par ces virus. Les virus oncogènes, en particulier, codent des protéines qui provoquent la transformation tumorale des cellules infectées.

En ce qui concerne l’organisation du génome, on note chez certains virus un codage remarquablement dense des informations. Deux caractéristiques permettent le codage de plusieurs protéines par une même séquence nucléotidique: l’épissage alternatif d’une part, c’est-à-dire l’expression dans un gène de certaines séquences seulement, plus ou moins longues et entrecoupées de séquences non exprimées dites introns, de manière à obtenir, selon les combinaisons de séquences exprimées, des protéines apparentées mais dotées d’activités distinctes (l’expression des génomes eucaryotes passe également par l’épissage alternatif); les cadres de lecture chevauchants d’autre part, qui permettent la lecture de trois séquences de triplets décalées d’un nucléotide au départ, donc le codage de trois protéines différentes. Le code génétique utilisé dans les virus n’en reste pas moins le code reconnu comme universel dans le vivant, et l’organisation générale des génomes viraux comporte des séquences codantes et des séquences régulatrices très semblables aux séquences régulatrices de la cellule. Fonctionnellement, un génome viral ne diffère donc pas d’un génome cellulaire. Cette similitude explique les capacités de parasitisme des virus.

Le cycle viral

D’une génération virale à la suivante, le cycle de tous les virus passe par les mêmes étapes obligées. Le cycle est amorcé par la contamination d’un organisme, s’il y a lieu, et l’infection proprement dite débute avec la reconnaissance des cellules cibles de l’hôte et la pénétration du virus dans ces cellules. Grâce à diverses transformations moléculaires, le génome viral intervient dans le métabolisme cellulaire pour être traduit en protéines, puis répliqué. Enfin, à partir des différents constituants qui sont codés par le virus et synthétisés par la cellule, les virions s’assemblent dans le cytoplasme, puis sont libérés dans le milieu extérieur.

Les modalités de contamination des organismes sont diverses, mais elles comportent généralement la notion d’effraction. Habituellement, les virus pénètrent par les voies naturelles ou par l’intermédiaire d’une lésion des tissus périphériques. Les virus végétaux, qui sont le plus souvent transmis par les insectes, pénètrent dans la plante exclusivement à la faveur d’une lésion. Chez l’homme comme chez les animaux, les contaminations par simple contact cutané, par les papillomavirus par exemple, sont l’exception. La plupart des contaminations virales empruntent les voies respiratoire (virus Influenzae ), sexuelle (VHB, VIH) ou transplacentaire (virus de la rubéole), ou résultent de morsure par des animaux (virus de la rage), par des insectes (certains virus encéphalitiques) ou encore d’actes transfusionnels ou chirurgicaux.

À l’intérieur d’un organisme, un virus peut être rapidement éliminé. À défaut, l’infection commence. Le virus reconnaît, par l’intermédiaire de ses protéines de surface, des récepteurs membranaires de cellules cibles; molécules assurant des fonctions cellulaires spécifiques – le récepteur au phage lambda, par exemple, est le transporteur transmembranaire du maltose de la bactérie –, « détournées » par le virus, et dont la présence ou l’absence selon le type de cellule détermine la spécificité tissulaire des infections virales dans les organismes.

En ce qui concerne les virus des animaux et de l’homme, c’est la pénétration du VIH dans les lymphocytes T4 qui a été le plus finement étudié. L’internalisation de ce virus est liée à l’interaction entre la protéine d’enveloppe virale gp 120 et le récepteur CD4 du lymphocyte. Cette interaction modifierait l’hydrophobicité du virus. La particule virale tendrait alors à pénétrer dans le milieu lipidique hydrophobe que constitue la membrane cellulaire, et perdrait son enveloppe, elle-même composée de lipides, pour gagner le cytoplasme sous forme de core viral.

Passé les quelques heures nécessaires à la reconnaissance cellulaire et à la pénétration du virus, le cycle se poursuit avec l’insertion du génome viral dans le dispositif métabolique par lequel la cellule assure l’expression et la réplication de son propre génome. Toutes les capacités cellulaires de traitement enzymatique des acides nucléiques peuvent être utilisées pour exprimer le génome viral: synthèse du brin complémentaire d’un acide nucléique simple brin, réplication des acides nucléiques, transcription de l’ADN en ARN ou transcription inverse de l’ARN en ADN.

Dans les bactéries, qui sont des cellules procaryotes dépourvues de noyau, le génome phagique s’exprime et se réplique dans le cytoplasme, comme le génome bactérien. Ainsi, l’ADN double brin du phage lambda se circularise dans la cellule pour être transcrit en ARNm, eux-mêmes traduits en protéines phagiques – de la même manière que l’ADN bactérien – grâce aux ribosomes, ARNt, aux acides aminés et aux systèmes enzymatiques de la bactérie. La réplication de l’ADN viral emprunte également les mêmes voies enzymatiques (ADN polymérase) que celles de l’ADN bactérien. L’ARN simple brin positif d’un phage comme MS 2 est, lui, directement traduit en protéines dans le cytoplasme, comme un ARNm bactérien. (Si l’expression protéique d’un ARN simple brin positif est simple, la réplication, en revanche, n’est pas parfaitement comprise; elle suppose une activité de type ARN réplicase qui n’a pu être mise en évidence dans les cellules.)

Dans les cellules eucaryotes, les possibilités sont plus diversifiées. Le génome viral peut soit rester dans le cytoplasme, soit gagner le noyau, et peut, à l’intérieur du noyau, ou se circulariser au voisinage des chromosomes de la cellule, ou s’intégrer à l’intérieur même de l’ADN de l’hôte. Les combinaisons sont donc multiples, et dépendent à la fois du type de l’acide nucléique viral et des caractéristiques infectieuses spécifiques de chaque virus. On peut en donner quelques exemples:

– Parmi les virus à ARN, le VHA (virus de l’hépatite A) possède un génome simple brin positif qui reste dans le cytoplasme pour s’y exprimer comme un ARNm cellulaire. L’ARN simple brin négatif du virus de la grippe ou du virus de la rage est d’abord recopié en brin complémentaire positif. Ce brin codant, d’une part, est traduit comme un ARNm pour la synthèse des protéines virales, d’autre part, il sert de matrice pour recopier le brin négatif original, c’est-à-dire pour répliquer le génome viral.

– Le VHB renferme un ADN double brin qui, depuis le cytoplasme, gagne le noyau des cellules hépatiques infectées (hépatocytes), se circularise à l’intérieur du noyau, grâce à ses deux extrémités cohésives, et s’exprime par l’intermédiaire de transcrits ARNm traduits en protéines dans le cytoplasme. En ce qui concerne l’expression protéique, le génome du VHB peut donc être considéré comme un petit chromosome surnuméraire dans le noyau de l’hépatocyte. En ce qui concerne sa réplication, en revanche, on revient à un mécanisme spécifiquement viral. La réplication du VHB passe en effet par l’émission dans le cytoplasme d’un transcrit ARN qui couvre la totalité du génome viral. À la différence des messagers, cet ARN n’est pas traduit en protéines virales, mais est rétrotranscrit par une activité transcriptase inverse en un simple brin d’ADN, lui-même complémenté de manière à constituer le génome ADN double brin de la génération virale suivante.

– Chez les rétrovirus, le génome viral, qui se présente initialement sous la forme d’un ARN simple brin, est rétrotranscrit en ADN, dès le premier stade de l’infection, par une enzyme transcriptase inverse virale libérée par la capside. Partant d’un ARN simple brin, le processus passe par un hybride ARN/ADN pour aboutir à un double brin d’ADN muni de séquences LTR aux extrémités. Du cytoplasme, la nouvelle forme du génome viral gagne le noyau et s’intègre à l’intérieur de l’ADN cellulaire grâce aux LTR distaux, à l’occasion d’une division cellulaire.

L’ADN viral intercalé dans l’ADN de l’hôte est appelé provirus. Il devient indiscernable du génome environnant, sinon par sa séquence nucléotidique. Dès lors, comme l’ADN cellulaire, le provirus est transcrit en molécules d’ARN. Dans le cytoplasme, celles-ci servent à la fois de messagers pour la synthèse des protéines virales et de nouveaux génomes prêts à être encapsidés.

Étant devenu partie intégrante du génome cellulaire, le provirus est par ailleurs répliqué avec ce génome et transmis aux cellules filles. À la réplication du virus proprement dit, par transcription d’ARN génomiques, s’ajoute donc une réplication du provirus à la faveur des divisions des cellules infectées.

Pour les virus d’une certaine complexité, on est amené à distinguer deux phases dans l’activité de synthèse des protéines. Durant une phase précoce sont synthétisées des protéines de régulation virale, qui ne participent pas directement à la structure des virions, mais permettent l’expression, durant une phase tardive, des gènes de structure viraux et la synthèse des protéines de grande taille appelées à constituer la capside, les protéines de surface virales, le cas échéant la ou les enzymes spécifiques qui seront emportées dans la capside. C’est durant cette phase tardive que le génome viral est répliqué.

À ce stade, tous les constituants viraux sont synthétisés et présents dans le cytoplasme pour l’assemblage des virions. On peut observer au microscope électronique l’agglomération de ces constituants sous la membrane cellulaire. Mais le phénomène d’assemblage proprement dit reste assez mystérieux. Pour être relativement simple aux échelles de complexité biologique, un virus n’en demeure pas moins une macrostructure moléculaire des plus compliquées. Et l’assemblage intracytoplasmique des virions est une question aux implications thermodynamiques extrêmement complexes, qui sont non résolues pour le moment. Faute de mieux, on parle d’autoassemblage.

Le cycle viral se termine avec la libération dans le milieu extérieur de centaines ou de milliers de virions constitués dans le cytoplasme. En ce qui concerne les mécanismes moléculaires, le phénomène n’est pas mieux compris que le précédent. On observe, simplement, selon les virus, deux modes d’échappement: la lyse, c’est-à-dire l’éclatement de la cellule, ou le bourgeonnement, c’est-à-dire la sortie des virus à travers de petites convexités qui se forment à la surface de la membrane. Le bourgeonnement viral ne détruit pas la cellule. C’est le processus qui permet à certains virus d’acquérir une enveloppe en s’enrobant d’un fragment de la membrane lipidique de la cellule.

Étant dépourvu de métabolisme, le virion libéré devient entièrement dépendant du milieu extérieur, qu’il soit dégradé par des conditions physiques ou chimiques agressives, ou transporté passivement jusqu’à une autre cellule infectable ou jusqu’à un autre organisme contaminable. Comme les synthèses virales comportent un certain nombre d’erreurs, aussi bien au niveau protéique qu’au niveau nucléique, quelques pour-cent seulement des virions libérés sont effectivement infectieux. Le renouvellement du cycle suppose donc la contamination par une quantité importante de virus.

Le cycle lysogénique

Étant le cycle par lequel un virus perdure en se reproduisant, le cycle réplicatif est le cycle viral « normal », si la normalité biologique est dans la succession des générations. Certains virus, toutefois, ne se répliquent pas, ou pas continuellement, dans les cellules infectées. C’est le phénomène de latence virale, qui se traduit cliniquement par l’extinction des symptômes de la primo-infection et, parfois, des réactivations qui témoignent de la persistance du virus dans les cellules.

L’existence d’infections virales non lytiques a été reconnu initialement chez les phages. Dans les cultures bactériennes, infectées par le phage lambda par exemple, persiste toujours une petite proportion de cellules non lysées par le cycle viral habituel. Dans ces bactéries non lysées, on constate que l’ADN phagique s’est intégré sous forme de prophage à l’ADN cellulaire. Ainsi, le génome du phage lambda, qui reste le plus souvent en dehors du génome bactérien, se comporte, dans ce cas particulier, de la même manière qu’un ADN rétrotranscrit depuis l’ARN d’un rétrovirus.

Contrairement au génome viral indépendant et entièrement exprimé dans le cycle lytique, le prophage intégré ne code pas la synthèse des protéines de structure virales. Seules sont exprimées les protéines de régulation qui, justement, répriment la transcription des gènes de structure. Le prophage n’est pas davantage répliqué. Il est seulement dupliqué, lors des divisions cellulaires, avec le génome bactérien auquel il est intégré, et ainsi transmis aux cellules filles.

Ce cycle viral, dit cycle lysogénique, peut prendre fin après un certain nombre de divisions bactériennes. Le prophage est alors excisé du chromosome bactérien pour reprendre son expression et sa réplication jusqu’à la constitution et la libération de virions, c’est-à-dire jusqu’à l’achèvement du cycle lytique.

On note que les mécanismes qui sous-tendent l’engagement d’un phage dans un cycle lysogénique sont mal compris. On sait seulement, par certains agents chimiques ou physiques, en particulier l’irradiation par ultraviolets, provoquer l’excision d’un prophage et induire ainsi la reprise du cycle lytique.

Chez les eucaryotes, des phénomènes analogues de latence sont observés avec les virus à ADN. Ces latences peuvent donner lieu à des réactivations de primo-infections parfois très anciennes. C’est, par exemple, le cas du zona, qui résulte de la réactivation, à la faveur d’une dépression de l’immunité cellulaire (personnes âgées, sida, cancer), du virus de la varicelle resté à l’état latent dans des cellules de ganglion spinal. Le principal problème posé par l’intégration des ADN viraux n’est toutefois pas là. Il tient aux phénomènes de tumorisation qui ont été associés, ces dernières années, à la présence de provirus dans les cellules et qui, chez l’homme, sont pour la plupart liés à des virus à ADN.

Les virus tumorigènes

La notion de cancer transmissible par un virus remonte au début du siècle. En 1907, puis en 1911, l’apparition rapide d’une tumeur chez un poulet infecté par un extrait tumoral aviaire avait en effet déjà été constatée (Ellerman, Bang et Rous). S’agissant d’extraits filtrés de manière à retenir les bactéries, la transmission à caractère infectieux ne pouvait qu’être le fait de virus.

On sait aujourd’hui que ces activités tumorigènes étaient transmises par le virus de l’érythroblastose aviaire et par le virus du sarcome de Rous. Depuis le milieu des années 1970, de nombreux autres virus tumorigènes ont été découverts, tandis que plusieurs mécanismes viraux de transformation cellulaire ont été caractérisés à l’échelle moléculaire. Des mécanismes analogues ont ensuite été mis en évidence dans les tumeurs d’origine non virale, qui constituent la grande majorité des cancers. Les virus tumorigènes apparaissent ainsi comme des agents, parmi d’autres, de mécanismes probablement très généraux de transformation cellulaire. C’est toutefois l’étude du cas particulier des tumeurs d’origine virale qui a ouvert la voie à la compréhension des mécanismes moléculaires du cancer, toutes étiologies confondues.

La transformation tumorale d’une cellule par un virus passe toujours par l’intégration du génome viral au génome cellulaire, sous forme de provirus. Le phénomène est donc constaté avec des rétrovirus, qui connaissent systématiquement cette étape d’intégration dans leur cycle, et avec des virus à ADN, dont l’intégration est beaucoup plus inhabituelle et peut être qualifiée d’accidentelle tant que les causes n’en sont pas connues.

En ce qui concerne les mécanismes de la tumorisation, on distingue les virus oncogènes, qui sont des rétrovirus induisant des transformations cellulaires extrêmement rapides et polyclonales, et les virus lents, qui comportent des virus à ADN et des virus à ARN, parfois seulement responsables de transformations monoclonales lentes.

Les virus oncogènes, dont font partie les deux virus aviaires observés au début du siècle, doivent leur activité tumorigène à la présence d’un oncogène dans leur génome. La découverte du premier oncogène, en 1975, dans un virus (Wang) a été suivie, dès l’année suivante, de l’observation du même oncogène, sous une forme peu différente dite proto-oncogène, dans le génome de cellules saines (Stéhelin, Bishop, Varmus).

Depuis lors, l’étude systématique des virus tumorigènes des oiseaux, des rongeurs, des félins et des singes a permis d’identifier des dizaines de virus oncogènes et d’oncogènes distincts – par exemple, le virus de l’érythroblastose aviaire porte l’oncogène v(pour viral)-erb B; le virus de la leucémie murine, v-abl; le virus du sarcome félin, v-kit; le virus du sarcome simien, v-sis. Ces oncogènes viraux v-onc ont tous été retrouvés sous forme de proto-oncogènes dans différentes cellules eucaryotes, de la levure aux cellules de vertébrés supérieurs. Aucun virus oncogène qui infecte l’homme n’a toutefois été observé.

Les proto-oncogènes cellulaires codent des protéines qui assurent une fonction clé de la différenciation ou de la division cellulaire. Il s’agit typiquement de facteurs de croissance, de récepteurs à ces facteurs ou, encore, de kinases, c’est-à-dire d’enzymes phosphorylant d’autres enzymes pour en réguler l’activité. Un oncogène cellulaire, c(pour cellulaire)-onc, est une forme mutée du proto-oncogène correspondant; mutation qui aboutit à une dérégulation soit de l’expression du gène, soit de l’activité de la protéine qu’il code.

La dérégulation et l’activation constitutive d’une fonction clé de la division cellulaire suffisent à induire la prolifération des cellules. En apportant dans la cellule un oncogène exprimé par le provirus, les rétrovirus oncogènes induisent donc directement la transformation.

L’expression d’un ou de plusieurs oncogènes est en fait un mécanisme commun à toutes les tumeurs, que l’oncogène exprimé dans les cellules transformées soit d’origine cellulaire ou virale. Simplement, lorsqu’un oncogène cellulaire est en cause, comme la mutation de gènes cellulaires implique la conjonction de facteurs multiples et mal connus, l’événement apparaît généralement aléatoire, alors que l’infection par un virus oncogène est une origine unique et bien définie de la transformation. La tumorisation qui s’ensuit touche simultanément toutes ou presque toutes les cellules infectées, dans un délai qui, expérimentalement, n’excède pas quelques jours.

L’infection par les virus tumorigènes lents est davantage à rapprocher de la tumorigenèse sporadique. L’infection n’équivaut pas directement à un événement transformant, puisque les virus lents ne portent pas d’oncogènes, mais en accroît plus ou moins la probabilité, puisque ces virus peuvent amplifier l’expression de proto-oncogènes cellulaires pour en faire des oncogènes. Le mécanisme d’amplification peut être de deux sortes: soit une séquence provirale qui comporte un promoteur de transcription se juxtapose à un proto-oncogène cellulaire, pour en amplifier l’expression par simple effet positionnel – effet dit de cis-activation ; soit une protéine de régulation virale, codée par le provirus, active un proto-oncogène situé à distance dans le génome cellulaire – effet dit de trans-activation.

La cis-activation est principalement le fait de rétrovirus. C’est alors une séquence LTR, comportant de puissants promoteurs de transcription (enhancers), qui s’intègre au voisinage de proto-oncogènes. Selon le site d’intégration et le proto-oncogène amplifié, la prolifération tumorale sera différente. Le rétrovirus aviaire ALV, par exemple, provoque un lymphome chez les oiseaux en se juxtaposant au proto-oncogène c-myc – qui devient ainsi oncogène –, et une érythroleucémie s’il se juxtapose à c-erb B.

Outre les virus lents aviaires, on connaît des rétrovirus tumorigènes cis-activateurs chez pratiquement toutes les espèces animales, excepté l’homme. L’espèce humaine est, en revanche, infectée par le VHB, virus à ADN qui, en tant que tel, fait figure d’exception parmi les virus cis-activateurs. Le VHB peut être à l’origine de cancers hépatiques selon le même mécanisme que des rétrovirus, un fragment du génome viral comportant un promoteur de transcription, à défaut de LTR, s’insérant en amont de gènes impliqués dans la différenciation et la division cellulaire (la dérégulation, par insertion du génome VHB, de l’expression du gène du récepteur béta de l’acide rétinoïque, impliqué dans la différenciation cellulaire, a été reconnue dans certains hépato-carcinomes). Comme l’intégration du génome du VHB, d’une part, n’est pas le cycle viral habituel, d’autre part semble se produire de manière aléatoire en n’importe quel point du génome cellulaire, on comprend que la transformation par intégration au site sensible n’ait rien d’un processus immédiat, mais survienne seulement chez quelques pour-cent des personnes infectées chroniquement, et après un délai de vingt à trente ans.

Les virus lents trans-activateurs sont eux, pour la plupart, des virus à ADN. Toutefois, comme la biologie est faite d’exceptions, on trouve aussi dans cette catégorie deux rétrovirus, dits HTLV (human T lymphocyte virus , de type I et II), responsables de leucémies chez l’homme.

Ici encore, l’intégration du génome viral est le préalable à la transformation cellulaire. Mais le site d’intégration est apparemment indifférent, puisque c’est par l’intermédiaire d’une ou de deux protéines de régulation virale, codée(s) par le provirus, que des promoteurs de proto-oncogènes sont activés à distance, et l’expression de ces gènes amplifiée.

Ce mécanisme a été découvert avec le virus simien SV40, qui peut infecter, outre les cellules de singe, les cellules de rongeur. Dans ces cellules, dites non permissives, l’ADN viral ne se réplique pas, mais s’intègre au génome cellulaire. L’activité d’une protéine virale, dite T (tumorigène), capable d’activer la transcription de divers gènes cellulaires, dont des proto-oncogènes, provoque la transformation.

Une trans-activation analogue a été reconnue dans les tumorisations provoquées chez l’animal par l’adénovirus et, chez l’homme, par certains papillomavirus par exemple, dont les types 16 et 18 sont retrouvés à l’état de provirus dans 80 p. 100 des cancers du col utérin.

Chez l’homme, encore, de plus en plus de virus à ADN sont suspectés de capacités tumorigènes, les herpès virus en particulier. Dans bien des cas, cependant, le délai de latence entre contamination virale et tumeur et la présence d’autres facteurs tumorigènes rendent l’imputation difficile. D’une manière générale, les virus oncogènes ont permis de découvrir les oncogènes cellulaires et leur fonction, c’est-à-dire les éléments moléculaires en cause dans les cancers. On peut, par conséquent, logiquement attendre de l’étude des virus lents des informations sur la transformation de ces proto-oncogènes cellulaires en oncogènes, c’est-à-dire sur les mécanismes non plus des cancers, mais de l’apparition des cancers.

Virus et médecine

Contre les virus, la médecine est encore essentiellement prophylactique. Elle est en mesure de décrire les modes de contamination pour éviter les actes contaminants et, dans un certain nombre de cas, de prévenir l’infection par des vaccins administrés préventivement ou sitôt reconnue la possibilité d’une contamination.

C’est contre une maladie virale, la variole, que la première vaccination a été réalisée, après que la protection conférée à l’égard du virus de la variole par l’exposition à un virus très proche, infectant fréquemment le pis des vaches, le cow-pox virus, eut été constatée chez les vachers (Jenner, 1796). Le virus de la variole est aussi le seul agent infectieux éradiqué par la médecine (déclaration d’éradication prononcée par l’O.M.S. en 1979). La vaccination des sujets contaminés par le virus de la rage (Pasteur, 1885) et la vaccination préventive contre la poliomyélite (J. F. Enders, T. H. Weller, F. C. Robbins, 1955) sont d’autres étapes historiques pour la santé publique.

Lorsqu’elle ne dispose pas de vaccins, la médecine est, en revanche, plutôt démunie. Ainsi, si le premier agent infectieux éradiqué est un virus, c’est aussi à un virus qu’est due la dernière grande épidémie européenne: l’épidémie de grippe, dite espagnole, de 1918, dont on estime le bilan entre 20 et 40 millions de victimes. Aujourd’hui encore, les drogues antivirales forment une classe thérapeutique remarquablement pauvre. On dispose d’une dizaine de drogues antivirales, des analogues nucléosidiques pour la plupart, c’est-à-dire des nucléosides modifiés qui interfèrent avec la synthèse d’acides nucléiques viraux par l’ADN-polymérase ou la transcriptase inverse. Il ne s’agit pas de virucides, mais de virostatiques, à la toxicité non négligeable et dont l’activité peut se heurter à des résistances virales. Quant à l’interféron alpha, cytokine immunomodulatrice dont on pouvait attendre une stimulation de l’immunité antivirale, ses indications se limitent, pour le moment, aux hépatites virales chroniques, contre lesquelles il fait preuve d’une certaine activité.

Les progrès récents concernent encore la prophylaxie. L’amélioration des techniques de détection sérologique (détection des anticorps antiviraux) et l’introduction de la détection virale directe par PCR (polymerase chain reaction : amplification du génome viral jusqu’au seuil de détectabilité) profitent aux diagnostics, mais permettent aussi d’identifier de manière certaine les modes de contamina tion et, par conséquent, de faire des recommandations sur les mesures préventives adéquates et d’instaurer le dépistage dans les produits d’origine biologique (outre le VIH et le VHB, le VHC est obligatoirement dépisté lors des transfusions depuis 1988, ainsi que les HTLV I et II, depuis 1989 dans les D.O.M.-T.O.M. et, depuis 1991, en France métropolitaine).

En ce qui concerne les vaccins, le développement industriel des techniques du génie génétique permet la production par recombinaison génétique de peptides d’une part fortement immunogènes, à l’origine, par exemple, du vaccin contre le VHB, d’autre part très purs, ce qui constitue dorénavant une exigence de sécurité. Les premières préparations vaccinales contre la poliomyélite, obtenues à partir de cellules de singes, étaient largement contaminées par le virus SV40. Le virus était inconnu dans les années 1950; on le sait aujourd’hui tumorigène dans des cellules non permissives et, heureusement, non infectant chez l’homme. C’est ce type de risque qu’excluent les produits dits recombinants, issus du génie génétique.

En matière de vaccins, encore, les principaux objectifs sont aujourd’hui le VIH et le VHC.

Sur le versant thérapeutique, il y a lieu de parler de projets, plus que de progrès décisif. Le contexte est la pandémie d’infection à VIH, contre lequel l’approche antivirale traditionnelle, par inhibition d’enzymes virales, s’est montrée jusqu’à présent insuffisante. Des approches nouvelles sont donc envisagées, et certaines expérimentées. On peut citer les ARN antisens, qui sont des monobrins de quelques dizaines de nucléotides, complémentaires d’un ARNm dont la traduction doit être empêchée. Dans le cytoplasme de la cellule infectée, l’ARN antisens s’hybride à la séquence complémentaire de l’ARNm, constituant ainsi un duplex que les ribosomes ne peuvent traduire en protéine. En principe, l’approche antisens peut s’adresser à n’importe quel gène surexprimé; on pense en particulier aux oncogènes. En pratique, c’est le VIH que vise d’abord cette stratégie. Des travaux expérimentaux sont en cours en France et aux États-Unis.

Il faut enfin noter que, dans leur relation avec la médecine, les virus, certains au moins, pourraient passer « de l’autre côté de la barrière » pour devenir des outils thérapeutiques. Des virus peuvent en effet être utilisés pour transférer, à l’intérieur de la cellule, un gène dont l’expression fait défaut – situation inverse de celle où s’emploierait un antisens, donc.

La procédure consiste à modifier un génome viral en éliminant certaines séquences nécessaires à la réplication du virus, pour insérer, dans le site libéré, un gène à exprimer dans une cellule. Le virus ainsi modifié devient un vecteur, capable d’infecter ex vivo ou in vivo les cellules à traiter, pour transférer, dans leur génome, le transgène à exprimer. L’expression de la protéine déficiente est obtenue dans une faible proportion de cellule, mais pourrait être suffisante dans un certain nombre de pathologies.

Deux types de virus vecteurs font principalement l’objet d’expérimentations: l’adénovirus, virus à ADN infectant les cellules quiescentes, et des rétrovirus, qui n’infectent que les cellules en division, ce qui peut permettre une certaine spécificité cellulaire de la thérapie, comme l’infection sélective de cellules tumorales en réplication active dans un tissu environnant à taux de réplication faible ou nul (typiquement, les tumeurs cérébrales). Les indications potentielles des transferts de gènes, ou « thérapies géniques », sont larges, allant des maladies génétiques aux cancers, en passant par des infections virales, comme l’infection à VIH. Toutefois, il ne s’agit encore que de recherches. Les questions d’efficacité thérapeutique sont prématurées. L’utilisation même de virus-vecteurs est encore discutée en regard, d’une part, des problèmes immunologiques liés à l’administration de virus, d’autre part, des problèmes de sécurité; sécurité pour le malade traité avec un rétrovirus, puisque des phénomènes de mutagenèse insertionnelle ne sont jamais exclus, et sécurité pour l’environnement avec l’adénovirus, puisque le virus-vecteur, déficient pour la réplication, peut en principe recombiner avec un adénovirus sauvage pour donner un adénovirus à la fois réplicatif et porteur du transgène. La probabilité d’un événement libérant un tel virus est infime, mais, en retour, ses conséquences sont imprévisibles. En matière de thérapie génique virale, on n’avance donc qu’avec prudence.

Virus et biologie

Les virus représentent en biologie plus qu’une compilation de connaissances. Ils forcent la réflexion sur les mécanismes de l’évolution.

Les rétrovirus et les virus oncogènes ont été des découvertes déroutantes. Fait exceptionnel en biologie, on connaît pour ces derniers, à l’échelle moléculaire, l’origine d’une propriété acquise par l’espèce: la propriété oncogénique. Un virus oncogène est initialement un rétrovirus au génome dépourvu d’oncogène. Celui-ci est acquis dans la cellule hôte, au cours d’une infection, par un processus dit de transduction. Le provirus, ou un fragment de provirus, étant intégré à proximité d’un oncogène cellulaire, un transcrit qui couvre l’ensemble provirus-oncogène est émis dans le cytoplasme, et encapsidé, de la même manière qu’un génome viral original. Cet ARN, qui porte un oncogène, constitue dès lors le génome d’un nouveau virus, qui sera transmis comme tel aux descendants. Un oncogène viral a donc une origine cellulaire. Le virus du sarcome de Rous, par exemple, est à l’origine un rétrovirus non oncogène, qui a acquis une nouvelle propriété, c’est-à-dire évolué, par transduction de l’oncogène src dans une cellule infectée.

Outre que la notion de pathogénicité issue d’espèces hôtes est inconfortable, le mécanisme de transduction permet toutes les questions sur l’origine de propriétés biologiques, dont les activités pathogènes ne sont peut-être qu’un cas particulier, acquises en dehors de la voie héréditaire habituelle, dans le cadre de phénomènes dits épigénétiques.

Ce sont les rétrovirus, oncogènes ou non, qui ont ouvert ces questions, en montrant que l’information génétique peut circuler de l’ARN vers l’ADN, c’est-à-dire remonter à contre-courant l’expression habituelle du génome. Jusqu’à la découverte de l’activité transcriptase inverse au début des années 1970 (Beljanski, Temin, Baltimore), la biologie moléculaire revendiquait pour dogme la circulation de l’information à sens unique, de l’ADN du noyau cellulaire vers l’ARN, la qualification de dogme laissant entendre que cette représentation d’une détermination par l’héritage, sous la forme d’un noyau hérité et donneur d’ordres, sans expression réciproque de la périphérie, constituait aussi une option philosophique. Avec les rétrovirus, il est apparu que l’information génétique peut circuler entre un virus et son environnement cellulaire, par la transcription d’ARN en ADN, aussi bien qu’entre une cellule et son environnement viral, par la transduction de gènes. Les références devenant relatives, il a fallu remettre à plat la hiérarchisation telle qu’on la percevait en biologie.

Rien n’est encore venu la remplacer. Et il ne faut d’ailleurs plus attendre de conception causale, sinon arbitraire, si l’actuel plan de base de la biologie qu’est l’organisation moléculaire du vivant n’est remanié que par le hasard, comme le prévoient aussi bien la thermodynamique que la théorie de l’évolution par mutations aléatoires. Il est pourtant manifeste que, au niveau actuel des connaissances sur le génome et des pratiques en biologie moléculaire, le hasard comme déterminant moléculaire handicape la recherche, la contraignant à l’empirisme, donc à des méthodes coûteuses à tous points de vue. Pour des considérations touchant aux méthodes aussi bien qu’à la connaissance, l’idée fait donc son chemin en biologie de réintégrer des phénomènes jusqu’à présent tenus pour stochastiques dans une causalité. Voilà un siècle, Pasteur mettait fin à la notion de génération spontanée des micro-organismes; il s’agirait de mettre fin à la même notion pour ce qui concerne la « génération » et l’évolution des propriétés biologiques de ces organismes. Reste qu’aucun modèle prédictif de l’évolution à l’échelle moléculaire n’est réellement proposé pour le moment.

Le débat sur l’existence ou non de déterminismes dans l’évolution est en fait un vieux débat, dans lequel l’hypothèse aléatoire dispose de quelques arguments expérimentaux, sans pourtant que l’absence de théorie ait jamais été tenue pour entièrement satisfaisante. Les rétrovirus ont ravivé des doutes, ce qui présente cet intérêt de réintégrer la biologie dans un questionnement très général, un caractère non aléatoire impliquant en définitive une notion de responsabilité à exercer, un caractère aléatoire indiquant seulement des fatalités à contenir.

virus [ virys ] n. m.
• 1478; mot lat. « suc, venin, poison »
1Vx Substance organique (pus, etc.), susceptible de transmettre la maladie.
Fig. Principe moral de contagion. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de sa vertu » (Hugo).
2(v. 1850-1860) Vieilli Germe pathogène en général. Virus du paludisme. (XXe) Mod. Micro-organisme infectieux à structure bien définie, parasite absolu des cellules vivantes, possédant un seul type d'acide nucléique et se reproduisant à partir de son seul matériel génétique. adénovirus, arbovirus arénavirus, cytomégalovirus, hantavirus, papillomavirus, rétrovirus; rhinovirus. Virus de la rage, de la poliomyélite, de la fièvre jaune. Virus du sida. HIV, LAV, V. I. H. Virus mutant. Maladies à virus. viral; virémie. Virus lent, qui ne produit ses effets qu'après une dizaine d'années. Substances actives contre les virus ( antiviral) .
3Par anal. Virus informatique : programme ou instruction cachés (volontairement ou non) dans un système informatique, pouvant entraîner des troubles de fonctionnement, voire des pannes majeures, et contaminer d'autres systèmes informatiques. Détecteur de virus. antivirus.
4Loc. fig. Le virus de : un goût très vif, très fort pour (qqch.). Il a attrapé le virus de la danse.

virus nom masculin (latin virus, poison) Agent infectieux très petit, qui possède un seul type d'acide nucléique, A.D.N. ou A.R.N., et qui ne peut se reproduire qu'en parasitant une cellule. Littéraire. Principe, source de contagion : Le virus révolutionnaire. Instruction parasite ou suite d'instructions parasites introduite dans un programme informatique et susceptible d'entraîner diverses perturbations dans le fonctionnement de l'ordinateur. (Les virus informatiques sont capables de résister à certaines tentatives de destruction en se dupliquant.)

virus
n. m.
d1./d Microorganisme parasite des cellules et infectieux. Virus de la grippe. Virus de la poliomyélite. (V. encycl. ci-après.)
d2./d Fig. Source de contagion morale. Le virus du jeu.
d3./d INFORM Programme difficile à détecter et à localiser, transmissible et pouvant se reproduire lui-même, conçu afin de perturber ou bloquer le fonctionnement des ordinateurs. Le virus se propage par l'utilisation d'une disquette "infectée".
Encycl. Biol. - La particule virale a une partie centrale, le virion, constituée d'acide nucléique (A.D.N. ou A.R.N.) et qu'enveloppe une coque, la capside, formée essentiellement de protéines. On estime que la plupart des virus peuvent avoir: soit une activité pathologique banale et spécifique; soit une activité génétique et cancérigène. Contre l'agression d'un virus, l'organisme se défend en sécrétant des cytokines.

⇒VIRUS, subst. masc.
A. — MÉD., vx. Substance organique (pus, salive, etc.) susceptible de transmettre une maladie. L'anatomie pathologique elle-même ne doit pas seulement comprendre les tissus hétérologues et leurs formes, mais surtout leurs propriétés; les virus, les venins, les liquides altérés, tout cela est de l'anatomie pathologique (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 169).
B. — BIOLOGIE
1. Vieilli. Germe pathogène. Virus du charbon, de la rage, de la variole; virus siphylitique, vénérien. Singes (...) rendus convenablement résistants à l'infection tuberculeuse par des inoculations préalables de virus très atténués, mais vivants (CALMETTE, Infection bacill. et tubercul., 1920, p. 210). V. inoculer A ex. de Pasteur et de Vialar.
Virus filtrant. Synon. vieilli de virus (infra B 2). V. filtrant ex. 4.
2. Microorganisme infectieux, invisible au microscope optique, traversant les filtres qui arrêtent habituellement les bactéries dont il se distingue essentiellement par le fait qu'il ne possède qu'un seul type d'acide nucléique ARN ou ADN, lequel modifie le patrimoine génétique de la cellule infectée (d'apr. GDEL). Synon. vieillis ultravirus (v. ultra- II B 1), virus filtrant (supra B 1). Virus cancérogène, oncogène. La découverte des grosses molécules à propriétés de virus nous rend un peu plus aisément concevable cette évolution de la matière inerte en matière vivante (J. ROSTAND, Genèse vie, 1943, p. 195). V. bactérie ex. 6.
3. Virus(-)vaccin. ,,Virus suffisamment atténué, quel que soit le mode d'obtention de cette atténuation, pour être employé comme un vaccin préventif`` (VILLEMIN 1975).
C. — Au fig.
1. Source de contagion morale. Ces âmes stérilisées paraissaient des ferments d'indiscipline, des virus d'orgueil (GIRAUDOUX, Bella, 1926, p. 26).
2. Goût très prononcé, tendance irrésistible pour telle activité ou telle attitude. Au mois de février 1975 le chantier est investi. L'occupation va se poursuivre neuf mois. Neuf mois durant lesquels des milliers de gens vont passer par là et prendre le virus anti-nucléaire (Le Point, 21 mars 1977, p. 95, col. 3).
D. — INFORMAT. ,,Introduction d'une erreur grave glissée volontairement par malveillance dans un logiciel, afin de détruire de façon irréversible des données fichiers ou système d'exploitation`` (MAILLET 1993).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1478 « substance qui recèle l'agent du contage et est capable de transmettre la maladie » (Le Guidon en françois d'apr. SIGURS, p. 79 et p. 423); 1575 (A. PARÉ, Œuvres compl., éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 2, p. 531a: virus verollique; t. 3, p. 307a: virus [de la rage]); 2. 1812 virus vaccin (MOZIN-BIBER, s.v. vaccin); 1880 « microorganisme infectieux » (PASTEUR, Sur les maladies virulentes ds C.r. de l'Ac. des sc., t. 90, p. 244: un virus très virulent [...] le virus atténué); 1918 virus filtrants (Lar. mens., p. 380); 1921 ultravirus (C. LEVADITI, P. HARVIER et S. NICOLAU, Conception étiologique de l'encéphalite épidémique ds C.r. des séances et mém. de la Sté de biol., t. 85, p. 214 [séance du 2 juill.]: nous désignerons cette première variété sous le nom d'« ultravirus kératogène salivaire »). B. 1. 1793 fig. « principe moral de contagion » (doc. du 23 avr. ds AULARD, Rec. des Actes du Comité de Salut Public, t. 3, p. 418 ds BRUNOT t. 10, p. 85, note 10: [les communes] les plus infectées de ce virus); 2. 1925 « goût très vif, excessif pour quelque chose, passion » (DU BOS, Journal, p. 277: Valéry, il a le virus académique: c'est devenu chez lui une idée fixe); 1966 (Le Figaro, 3 déc. ds GILB. 1971: j'ai attrapé le virus du cinéma); 1988 informat. (01 Informatique, 11 janv., p. 14 e). Mot lat. virus « suc, jus, humeur; venin, poison; mauvaise odeur, puanteur, infection ». Au sens A 2 (virus filtrants), cf. angl. filterable virus (1912 ds NED Suppl.2). Fréq. abs. littér.:140. Bbg. MAZIÈRE (Fr.). Le Dict. et les termes Cah. Lexicol. 1981, n° 39, p. 102. — QUEM. DDL t. 31.

virus [viʀys] n. m.
ÉTYM. 1478, Chauliac, au sens 1.; mot lat., « suc, venin, poison ».
1 Vx. Substance organique (pus, etc.) susceptible de transmettre la maladie.
2 (1850-1860; à la suite des découvertes de Davaine sur le virus du charbon, puis de Pasteur sur le virus de la rage). a Vieilli. Germe pathogène (→ Enrager, cit. 10; inoculation, cit. 3; nocif, cit.). || Virus rabique (cit.).(1880, Année sc. et industr. 1881, p. 410). || Virus vaccin : vaccin constitué de germes vivants de virulence atténuée, dont l'injection préserve d'une maladie plus grave. Vaccin, vaccine.(1918). || Virus filtrants (qui franchissent les filtres) ou ultravirus : les virus (au sens b).
1 (…) la médecine aurait bien de la peine à établir une différence de fond entre le virus dont mourut Périclès devant Syracuse, si tant est d'ailleurs que le mot de virus soit autre chose qu'une simple facilité verbale, et celui qui manifeste sa présence dans la peste décrite par Hippocrate, que des traités médicaux récents nous donnent comme une sorte de fausse peste.
Artaud, le Théâtre et son double, in Œ. compl., t. III, p. 22.
2 Les virus sont-ils vivants ? (…) Il s'agit là d'un problème qui s'est posé dès l'origine (…) Lorsque Pasteur renonçait, après de nombreux essais, à voir le microbe de la rage, il pensait simplement qu'il avait affaire à un germe plus petit que les germes visibles au microscope. Au contraire, lorsque Beijerinck faisait franchir une paroi de porcelaine au jus infectieux de la mosaïque du tabac, il en concluait qu'il s'agissait d'un contage fluide d'une nature différente des agents infectieux jusque-là reconnus.
Pierre Lépine, les Virus, p. 65.
b (XXe). Mod. Micro-organisme infectieux, parasite absolu des cellules vivantes, possédant un seul type d'acide nucléique et synthétisant sa propre substance à partir de son seul stock génétique (sans échange métabolique). Capside, nucléocapside, viroplasme. || Bactéries, microbes et virus (→ Antitoxine, cit. 1; capsomère, cit.; mécanisme, cit. 5; 1. mémoire, cit. 29). || Virus des bactéries. Bactériophage; phage. || Le virus de l'encéphalite (cit.), de la poliomyélite, de la rage, de la fièvre jaune (virus amaril). || Virus du sida. V. I. H.; anglic. HIV, LAV. || Virus mutant. || Maladies à virus. Viral. || Allergie due à un virus. || Substances actives contre les virus ( Antiviral).
3 a Fig. (1793). Principe moral de contagion (→ Infuser, cit. 3, Hugo; morbifique, cit. Balzac).
3 (…) ce philosophe (Alain), si bénin et si gracieux d'habitude, quand il touche à la religion, était très loin d'avoir éliminé le virus de l'anticléricalisme radical.
F. Mauriac, Bloc-notes 1952-1957, p. 6.
(1925). Le virus de… : un goût très vif, très fort, excessif pour… || « J'ai attrapé le virus du cinéma et c'est devenu une véritable obsession » (le Figaro, 3 déc. 1966, in P. Gilbert). || Le virus de la vitesse.
b (1988; angl. virus). || Virus informatique : instruction ou séquence d'instructions cachée (volontairement ou non) dans un programme, pouvant entraîner un mauvais fonctionnement de celui-ci et une altération des fichiers, et capable de transmettre ses effets à d'autres ordinateurs par copie ou par transmission à l'intérieur d'un réseau. || Disquette infectée par un virus. || Injecter un virus dans un programme. || Informations détruites, ordinateurs paralysés par un virus informatique. || Détecteur de virus. 2. Antivirus.
DÉR. et COMP. Viral, virémie, virion, virocide, virocyte, virologie, viroplasme, virose. Adénovirus, antivirus, arbovirus, arenavirus, entérovirus, hantavirus, infravirus, myxovirus, papillomavirus, poliovirus, provirus, rétrovirus, rhinovirus, ultravirus. V. Virulent; rétrovirus.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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